Édition établie, présentée et annotée par Jean Goulemot 112Un simple entretien eût pu suffire à lever le malentendu. Si Manon sy est dérobé, cest que sagitait dans lombre dès ce moment-là un mauvais génie, qui reprend dabord les traits du capitaine du navire, le Sr. M, et de sa femme, accourus au bruit du scandale. Pour des motivations qui apparaissent dabord mal, le capitaine semploie à plonger Manon dans un surcroît de panique : Vous êtes dun naturel si doux et si aimable, me dit-il un jour, que je ne puis comprendre les désordres dont on vous accuse. Deux choses métonnent : lune, comment avec de si bonnes qualités vous avez pu vous livrer à lexcès du libertinage ; et lautre, que jadmire encore plus, comment vous recevez si volontiers mes conseils et mes instructions après avoir vécu plusieurs années dans lhabitude du désordre. Si cest repentir, vous êtes un exemple signalé des miséricordes du ciel ; si cest bonté naturelle, vous avez du moins un excellent fonds de caractère, qui me fait espérer que nous naurons pas besoin de vous retenir ici longtemps pour vous ramener à une vie honnête et réglée. Eh que voulez-vous que je fasse de lamour que vous me portez, lui répondis-je? Je ne vous aime point, mais je nai pas pour vous cette horreur que jai pour Synnelet et tous les hommes ; où cela nous mènera-t-il? Votre état! notre situation! Quappelez-vous mon état, reprit-il, jai celui-là ici parce quil my fait vivre ; mais dans un autre hémisphère, je nen ai plus ; débarrassé de mon habit, je ne suis plus quun homme. Cette naissance de lhomme de lettres est sensible à la fin du récit. En général, les vers, lui Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi? cest ce quil ne sexpliquait pas. Tout à fait indépendamment de lhistoire de Bérénice lautre, la vraie Dailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, cest du côté dAntioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée Je demeurai longtemps je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment sappelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant lair dun marchand de tissus qui fait larticle, à la manière dont il portait la toge Tite. Sans rire Tite. Les deux amants vivent alors cachés à Paris, mais très vite, Manon cède à lappât du luxe, et répond aux avances de Monsieur B, un puissant fermier général. Des Grieux est alors séquestré chez son père, puis, si déchiré par la trahison de Manon, il décide de reprendre ses études au séminaire. Questions fréquentes Quelles sont les matières disponibles sur Kartable? Abbé Prévost, Manon Lescaut, Extrait I-Eclairement
Toute la première partie du texte consiste en une description péjorative de Bérénice franchement laide, il naima pas comment elle était habillée, sans se considérer dans lobligation davoir du goût, cheveux ternes etc, contrairement aux trois textes précédents, plutôt mélioratifs envers le sujet du coup de foudre utilisation dhyperboles ou dautres figures de style le complimentant. La clarté du dégoût dAurélien, cette franchise, sont caractérisées par des phrases courtes et concises, et des adjectifs dévalorisant Bérénice, comme ternes, petite, pâle et surtout disproportionné, adjectif extrêmement dépréciatif. Lemploi incessant du champ lexical péjoratif accentue le sentiment daversion dAurélien envers Bérénice. Conditionnel indique que si lon avait souhaité, ou si les conditions navaient La cupidité et la corruption : Dans le roman, les rapports entre les individus sont déterminés par largent. Tout est monnayable, y compris Manon, qui est considérée comme un objet. La perversité des nobles qui lutilisent y est dénoncée ainsi que les jeux dargent et lescroquerie pour les plus pauvres : largent corrompt intégralement la société. Le destin pourtant semble les poursuivre. Le fils de M. De G M débarque et vient alors partager leur repas. Il séprend de Manon. Celle-ci monte un plan pour lui extorquer une énorme somme dargent, en vengeance du père. Elle le rencontre donc mais Manon ne parvient pas à se libérer de ce rendez-vous galant. Tant de cynisme révolte le chevalier qui décide de se venger. Il fait enlever le jeune G M, sintroduit dans son hôtel, fait à linfidèle une scène de jalousie qui se termine par de tendres effusions. Narrateur que nous écoutons est un être éperdu damour. Sil a Retrouvez toutes les critiques publiées dans nos derniers numéros : en français Sylviane Albertain-Coppola, l abbé Prévost: Manon Lescaut, Paris: Presses Universitaires de France, 1995. Facile à déconcerter et dénoncés comme tels: faiblesse. Le dialogue Aurélien se parle, il nous parle de sa rencontre avec Bérénice et ce qui lui vient en tête cest un vers. Dautres amoureux rêvent dactions héroïques, comme Des Grieux prêt à risquer tout pour Manon. Aurélien, lui, parle derrance: il se souvient dun vers de Racine, pense à la Bérénice de Racine et à Tite qui na pas osé déclarer son amour. Son esprit vagabonde. Il se voit à la fin de la guerre, la démobilisation,.. Et nest pas rempli dun amour fou à la rencontre de sa Bérénice. Ce compliment devait le surprendre. Il demeura quelque temps à me considérer sans me répondre. Comme je nen avais pas à perdre, je repris la parole pour lui dire que jétais touché de toutes ses bontés, mais que la liberté étant le plus cher de tous les biens, surtout pour moi à qui on la ravissait si injustement, jétais résolu de me la procurer cette nuit même, à quelque prix que ce fût ; et, de peur quil ne lui prît envie délever la voix pour appeler du secours, je lui fis voir une honnête raison de silence, que je tenais sur mon justaucorps. Un pistolet! me dit-il. Quoi! mon fils, vous voulez môter la vie pour reconnaître la considération que jai eue pour vous? À Dieu ne plaise! lui répondis-je ; vous avez trop desprit et de raison pour me mettre dans cette nécessité ; mais je veux être libre, et jy suis si résolu, que si mon projet manque par votre faute, cest fait de vous absolument. Mais, mon cher fils, reprit-il dun air pâle et effrayé, que vous ai-je fait? quelle raison avez-vous de vouloir ma mort? Eh! non, répliquai-je avec impatience. Je nai pas dessein de vous tuer : si vous voulez vivre, ouvrez-moi la porte, et je suis le meilleur de vos amis. Japerçus les clefs qui étaient sur la table ; je les pris, et je le priai de me suivre en faisant le moins de bruit quil pourrait. Droits réservés. Toute reproduction complète ou partielle est formellement.
Abbé Prevost Manon Lescaut La Rencontre
abbé prevost manon lescaut la rencontre